1930-1946 : De la politique dans la poésie.
En 1930 La révolution surréaliste devient Le surréalisme
au service de la révolution, changement de titre qui précise
" le sens général, anti-individualiste et matérialiste
de son évolution " (Aragon).
Depuis 1926, Éluard est donc communiste. Très formellement,
à dire vrai, car entre le groupe surréaliste et le P.C.F.,
malentendus et suspicions n'ont jamais cessé :
Pour les communistes, les surréalistes sont des révolutionnaires
de salon, d'irresponsables " littérateurs " incapables de passer à
l'action ; pour les surréalistes, le projet marxiste est " myope "
et " borné " dans son matérialisme sans ambition, sa conception
étriquée d'un bonheur réduit au confort économique.
Dans le groupe surréaliste lui-même, les avis sont loin d'être
unanimes, d'autant que la situation concrète de l'Europe des années
30 requiert des prises de position aussi nettes qu'urgentes : devant des
économies qui se délabrent, des monnaies qui s'écroulent
et un chômage ravageur, on souhaite partout un pouvoir fort, maîtrisé
par un homme providentiel (L'Italie a trouvé son Mussolini, l'Allemagne
son Hitler).

Éluard par Man Ray 1933
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Le 15 août 1930, le groupe surréaliste, en désaccord
avec les thèses émises au IIème Congrès international
des écrivains révolutionnaires, qui se tient à Kharkov,
se désolidarise d’Aragon et de Sadoul, qui y étaient invités.
Les surréalistes, dont Éluard, quoique participant au Congrès
International contre la guerre, dit Congrès d’Amsterdam-Pleyel, formulent,
quant à son organisation et à ses mesures, d’importantes réserves.
Dans les démêlés qui s’opposent les surréalistes
à Aragon, inconditionnel du PCF, il préfère rester fidèle
à Breton, et se fait exclure du Parti en 1933, mais il n’en continue
pas moins à militer dans les organisations de gauche.
Éluard, lui, accepte de mettre le surréalisme " au service
de la Révolution " et de se mobiliser pleinement contre le péril
fasciste.
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1936 n'est pas pour Éluard l'année du Front populaire : lui
et ses compagnons surréalistes ne voient dans l'arrivée de
la gauche au pouvoir qu'une des multiples péripéties qui, épisodiquement,
agitent les " politicards ". Et pourtant, cette année 36 marque une
date charnière dans l'évolution du poète : en janvier-février,
à l'occasion d'une tournée de conférences sur Picasso,
il a découvert l'Espagne. Une découverte qui fut un véritable
coup de coeur. Aussi, quand, en juillet, le pays bien-aimé est la
proie d'une guerre civile qui oppose les partisans du fasciste Franco à
ceux de la démocratie républicaine, Éluard se sent-il
personnellement meurtri.
Quand on fusille les poètes (Frederico Garcia Lorca poète espagnol
fut fusillé par les franquiste en août 1936) et bombarde les
villes, ne devient-il pas dérisoire de lutter pour l'autonomie d'un
mouvement esthétique, fût-il surréaliste ?
C'est bien en 1936, dans une actualité qui exige une immédiate
efficacité, qu'Éluard devient vraiment un poète engagé.
On le voit alors qui renoue avec le P.C.F., seul parti à ses yeux
qui ait une attitude franche dans l'affaire espagnole. Et ce, à la
fureur de Breton. Mais Éluard est un être qui n'aime pas faire
de la peine à ceux qu'il aime, et avec lui, les ruptures sont toujours
laborieuses : en 1938, il est encore là pour organiser avec Breton
l'Exposition internationale du surréalisme de Paris ; avec lui, il
rédige le
Dictionnaire abrégé du mouvement. Or,
il sait bien, Éluard, qu'il vient de procéder au bilan testamentaire
d'un groupe qui n'est déjà plus le sien. A la fin de cette
même année 38, il se résout à rompre définitivement
avec un André Breton trop préoccupé, selon lui, de maintenir
la distance entre l'art et la politique.
Les principales oeuvres de cette période sont :
L'Évidence
poétique (1937) ;
Les Mains libres (1937) ;
Cours naturel
(1938) ;
Médieuses (1939) ;
Donner à voir (1939).
Ces années de détresse furent bien celles de " l'honneur des
poètes ". D'Éluard, en particulier, qui se fit alors l'infatigable
messager de la lutte et de l'espoir. Dans une France occupée, divisée,
muselée, majoritairement inerte, il multiplia les textes de réconfort
et de réveil :
Le Livre ouvert I (1940),
Sur tes Pentes
inférieures (1941 ),
Le Livre ouvert II (1942),
Poésie
et Vérité (1942),
Les Sept Poèmes d'Amour en
guerre (1943),
Le Lit la Table (1944),
Les Armes de la Douleur
(1944)...
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Poèmes publiés avec les moyens du bord, mais qui furent
autant de tracts subversifs, que l'on se passait sous le manteau, que les
avions de la R.A.F. parachutaient dans les maquis, que diffusaient le soir
les radios clandestines. On se mit bientôt à savoir par cœur
les tonifiantes strophes de Liberté :
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom...
Engagement poétique inséparable de l'engagement politique :
depuis 1942, Éluard a définitivement rejoint le P.C.F.
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Éluard par Fernand Léger, qui illustrat le poème Liberté.
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